En quarante minutes, celui qui conduisait Michele eut franchi l'espace qui sépare Salerne de Castellamare.

Michele avait d'abord eu l'idée, en arrivant sur le pont et en voyant Giambardella orienter sa voile pour profiter d'une saute de vent qui avait eu lieu, de remonter à bord de la barque et de revenir à Naples avec lui. Mais le vent, qui était tombé une fois, pouvait tomber encore, ou, ayant sauté une première fois du sud-est au nord-est, sauter une seconde sur quelque autre point du compas, où il deviendrait tout à fait contraire, et où il faudrait recourir à la rame. Tout cela était excellent pour un fou, mais véritablement trop chanceux pour un sage.

Il résolut dont de s'arrêter à la locomotion terrestre, et, pour aller plus vite, de diviser sa route en deux relais: un premier, de Castellamare à Portici; un second, de Portici à Naples.

De cette façon, et moyennant un ducat par chaque relais, il pouvait être en moins de deux heures au palais d'Angri.

Nous disons au palais d'Angri, parce que c'était d'abord avec le général Championnet que Michele désirait conférer.

Car Michele, tout en allant au galop de son cheval, et tout en se grattant désespérément la tête, comme on herse une terre, pour y faire germer des idées, Michele sentait s'éveiller dans son esprit toute sorte de scrupules.

C'était un honnête garçon et un coeur loyal que Michele, et, au bout du compte, il se faisait dénonciateur.

Oui; mais, en se faisant dénonciateur, il sauvait la République.

Il était donc à peu près, et même tout à fait, décidé à dénoncer le complot; il n'hésitait plus que sur la façon de le dénoncer.

Or, en allant trouver le général Championnet, et en le consultant comme il ferait d'un confesseur sur un cas de conscience, il s'éclairerait de l'avis d'un homme qui, aux yeux de ses ennemis mêmes, passait pour un modèle de loyauté.