Voilà pourquoi nous avons dit qu'en moins de deux heures, il pouvait être au palais d'Angri, au lieu de dire qu'en moins de deux heures, il pouvait être au ministère de la police.
Et, en effet, grâce au relais Portici, grâce au ducat français donné à chaque relais, une heure cinquante minutes après être parti de Castellamare, Michele mettait le pied sur la première marche de l'escalier du palais d'Angri.
Le lazzarone s'était informé si le général Championnet était chez lui, et avait reçu du factionnaire une réponse affirmative.
Mais, dans l'antichambre, le planton lui dit que le général ne pouvait recevoir, étant fort occupé avec les architectes qui avait fait les projets du tombeau de Virgile.
Il répondit qu'il arrivait pour une chose bien autrement importante que le tombeau de Virgile, et qu'il fallait, sous peine des plus grands malheurs, qu'il parlât à l'instant même au général.
Tout le monde connaissait Michele le Fou; tout le monde savait comment, grâce à Salvato, il avait échappé à la mort; comment le général l'avait fait colonel, et quel service il avait rendu en conduisant saine et sauve une garde d'honneur à saint Janvier; on savait le général très accessible; on lui transmit donc la demande du colonel improvisé.
Il entrait dans les habitudes du général en chef de l'armée de Naples de ne négliger aucun avis.
Il s'excusa donc près des architectes, qu'il laissa au salon, en leur promettant de revenir aussitôt qu'il serait débarrassé de Michele; ce qui probablement ne serait pas long.
Puis il passa dans son cabinet et ordonna qu'on y introduisît Michele.
Michele se présenta et salua militairement; mais, malgré cet aplomb apparent et ce salut militaire, le pauvre garçon, qui n'avait jamais eu de prétention comme orateur, paraissait fort embarrassé.