Championnet devina cet embarras, et, avec sa bonté ordinaire, résolut de venir à son aide.
--Ah! c'est toi, ragazzo, dit-il en patois napolitain. Tu sais que je suis content de toi; tu te conduis à merveille et tu prêches comme don Michelangelo Ciccone.
Michele fut tout réconforté en entendant si bien parler son patois et en écoutant un homme comme Championnet faire un si bel éloge de lui.
--Mon général, répondit-il, je suis fier et heureux que vous soyez content de moi; mais ce n'est point assez.
--Comment, ce n'est point assez?
--Non; il faut encore que j'en sois content moi-même.
--Oh! diable, mon pauvre ami, tu es bien exigeant. Être content de soi-même, c'est la béatitude morale sur la terre. Quel est l'homme qui, interrogeant sévèrement sa conscience, sera content de lui-même?
--Moi, mon général, si vous voulez vous donner la peine d'éclairer et de diriger ma conscience.
--Mon cher ami, dit Championnet en riant, je crois que tu te trompes de porte; tu as cru entrer chez monseigneur Capece Zurlo, archevêque de Naples, et tu es entré chez Jean-Etienne Championnet, général en chef de l'armée française.
--Oh! non pas, mon général, répondit Michele; je sais bien chez qui je suis entré: chez le plus honnête, le plus brave et le plus loyal soldat de l'armée qu'il commande.