Ils étaient au milieu d'hommes portant d'une main des torches et de l'autre des sabres, et, malgré les injures, les huées et les insultes de la canaille, toujours prête à insulter, à huer, à injurier le plus faible, ils marchaient tête levée, comme des gens qui confessent hautement leur foi.
Stupéfaite à cette vue, Luisa, au lieu de se ranger comme les autres, resta immobile et se trouva en face du plus jeune des deux prisonniers, c'est-à-dire d'André Backer.
Tous deux, en se reconnaissant, firent un pas en arrière.
--Ah! madame, dit amèrement le jeune homme, je savais bien que c'était vous qui m'aviez trahi; mais je ne savais pas que vous eussiez le courage d'assister à mon arrestation!
La San-Felice voulut répondre, nier, protester, jurer Dieu; mais le prisonnier l'écarta doucement, et passa en disant:
--Je vous pardonne, au nom de mon père et au mien, madame; puissent Dieu et le roi vous pardonner comme moi!
Luisa voulut répondre, la voix lui manqua; et, au milieu des cris: «C'est elle! c'est cette femme, c'est la San-Felice qui les a dénoncés!» elle tomba dans les bras de Michele.
Les prisonniers continuèrent leur route vers le Castel-Nuovo, où ils furent enfermés sous la garde de son commandant, le colonel Massa.