Lorsque Luisa revint à elle, elle se trouva dans une espèce de café faisant l'angle de la strada del Molo et de la calata San-Marco. Michele l'y avait transportée à travers la foule, qui s'était amassée à la porte, et la regardait par les fenêtres fermées et pas les portes ouvertes.

Cette foule répétait les paroles du prisonnier et disait en la montrant du doigt:

--C'est elle qui les a dénoncés.

En rouvrant les yeux, elle avait d'abord tout oublié; mais peu à peu, en regardant autour d'elle, en reconnaissant où elle se trouvait, en voyant cette multitude amassée autour de la maison, elle se souvint de tout ce qui s'était passé, jeta un cri et cacha sa tête dans ses mains.

--Une voiture! au nom du ciel, mon cher Michele! une voiture, et rentrons chez moi!

La chose n'était point difficile; il y avait alors et il y a encore aujourd'hui, entre le théâtre Saint-Charles et le théâtre du Fondo, une station de voitures pour la commodité des dilettanti qui venaient, à cette époque, assister à la représentation des chefs-d'oeuvre de Cimarosa et de Paesiello, et qui viennent aujourd'hui assister à celle des oeuvres de Bellini, de Rossini et de Verdi. Michele sortit, appela une voiture fermée, la fit approcher de la porte qui donne sur la strada del Molo, y conduisit Luisa au milieu des vivats ou des murmures des assistants, selon que ceux-ci, étaient patriotes ou bourboniens, lui savaient gré ou lui voulaient mal pour sa prétendue délation, y monta avec elle et referma la portière en disant:

--A Mergellina!

La foule s'ouvrit, la voiture passa, traversa le largo Castello, prit la rue Chiaïa, et, au bout d'un quart d'heure, s'arrêta à la maison du Palmier.

Michele sonna vigoureusement; Giovannina vint ouvrir.

La jeune fille avait sur les lèvres cette joyeuse expression des mauvais serviteurs qui ont une fâcheuse nouvelle à annoncer.