Fra Pacifico avait heureusement abordé à Palerme et s'était immédiatement dirigé vers le palais royal.

Mais, là, il avait appris que le roi chassait dans les bois de la Ficuzza.

Il avait demandé, pour cause d'urgence, à être introduit près de la reine. La reine, à qui le nom de fra Pacifico était bien connu, ne l'avait point fait attendre, et l'avait reçu à l'instant même.

Fra Pacifico, qui connaissait parfaitement la suprématie qu'exerçait Sa Majesté, n'avait point hésité une minute à lui débiter le discours que lui avait fait apprendre de mémoire le chanoine Jorio.

La reine avait jugé la nouvelle si importante, qu'elle avait, à l'instant même, fait mettre les chevaux à une voiture, y avait fait monter avec elle Acton et fra Pacifico, et était partie pour la Ficuzza.

On était arrivé juste au moment où le roi arrivait lui-même de la chasse. Sa Majesté était de fort mauvaise humeur.

Son fusil, ce qui ne lui était jamais arrivé, avait raté deux fois: une première fois sur un sanglier, l'autre sur un chevreuil; ce que le roi regardait non-seulement comme un accident déplorable, mais encore comme le pire de tous les présages.

Il tourna donc le dos à Acton, rudoya la reine et écouta à peine fra Pacifico, qui lui débita, comme il avait fait à Caroline, tous les détails du complot.

Au nom de Backer, le roi se rassénéra quelque peu; mais, à celui de Jorio, son visage se bouleversa.

--Les imbéciles! s'écria-t-il, ils conspirent avec le premier jettatore de Naples, et ils veulent que leur complot réussisse! J'estime fort le vicaire del Carmine, quoique je ne le connaisse pas, et le prince de Canossa, quoique je le connaisse; j'aime les Backer comme la prunelle de mes yeux; mais, parole d'honneur, je ne donnerais pas deux grains de leur tête. Conspirer avec Jorio! il faut qu'ils soient bien las de la vie.