La reine n'avait point contre les jettatori les mêmes préventions que Ferdinand, parce qu'elle n'avait point les mêmes préjugés; mais elle avait pour le gros bon sens du roi un certain respect. Elle multiplia donc les questions à fra Pacifico, qui répondit à tout avec la franchise d'un marin et la confiance d'un enthousiaste.

Selon fra Pacifico, avec les précautions prises, il n'y avait aucune crainte à concevoir et la conspiration ne pouvait manquer de réussir.

Le roi, la reine et Acton se réunirent en comité, et il fut convenu que l'on enverrait fra Pacifico au cardinal pour que celui-ci fût prévenu de ce qui se passait à Naples et tirât des capacités guerrières et religieuses du moine le meilleur parti qu'il pouvait en tirer.

En conséquence, après avoir eu l'honneur de dîner à la table de Leurs Majestés Siciliennes, fra Pacifico revint à Palerme dans la compagnie du roi, de la reine et du lieutenant général.

Là, on avisa au moyen de l'expédier en Calabre le plus tôt possible; et, comme le moine, en sa qualité de partie intéressée, était admis au conseil, il déclara qu'à son avis, le mode de locomotion le plus rapide était une bonne barque, avec la voile latine pour les heures où il y aurait du vent, et deux bons rameurs pour les heures où il n'y en aurait pas.

En conséquence, on donna mille ducats à fra Pacifico pour l'achat ou la nolisation de la barque, le reste de la somme devant, à titre de gratification, revenir au couvent.

Dès le même soir, fra Pacifico, moyennant six ducats, eut frété une barque, montée de deux rameurs, et, avant minuit, il se mettait en route.

Au bout de quatre jours, la barque doublait le Phare, et, deux heures après, comme nous l'avons dit, abordait à Catona.

Fra Pacifico était porteur d'une lettre autographe de Ferdinand pour le cardinal.

Cette lettre était conçue en ces termes: