«Mon éminentissime, j'ai reçu, comme vous le comprenez bien, avec la plus vive satisfaction, la nouvelle de votre arrivée à Messine, et, subséquemment, celle de votre heureux débarquement en Calabre.

»Votre encyclique, que vous m'avez fait parvenir, est un modèle d'éloquence guerrière et religieuse, et je ne doute pas qu'elle ne nous vaille bientôt, jointe à la popularité de votre nom, une brave et nombreuse armée.

»Je vous envoie un de nos bons amis, qui, ne vous est pas inconnu: c'est fra Pacifico, du couvent des capucins de Saint-Hérem. Il arrive de Naples et nous apporte du bon et du mauvais, et, comme le dit le proverbe napolitain, dans ce qu'il vous racontera, il y a à boire et à manger.

»Le bon est que l'on s'occupe de nous à Naples et que l'on songe à faire de nouvelles Vêpres siciliennes contre ces brigands de jacobins; le mal est que l'on ait admis dans les rangs de la conspiration des jettateurs comme le chanoine Jorio, qui ne peuvent manquer de lui porter malheur.

»C'est vous dire, mon éminentissime, que, plus que jamais, je compte sur vous, ne voyant mon salut qu'en vous.

»Je mets, avec son autorisation et celle de son supérieur, fra Pacifico à votre disposition. C'est, vous le savez, un serviteur brave et dévoué. Je ne doute pas qu'il ne vous soit d'une grande utilité, soit que vous vous décidiez à le renvoyer à Naples, soit que vous préfériez le garder près de vous.

»Ne quittez point Catona, et n'entrez point en Calabre sans m'avoir adressé un plan détaillé de la marche matérielle et politique que vous comptez suivre. Mais ce que je vous recommande avant tout, c'est de n'accorder aucun pardon aux coupables, de les punir sans pitié, pour l'exemple des autres, et cela, dès que le crime commis par eux vous sera avéré. La trop grande indulgence dont nous avons usé est cause de l'état déplorable dans lequel nous nous trouvons.

»Que le Seigneur vous conserve et bénisse de plus en plus vos opérations, comme l'en prie dans son indignité et comme vous le souhaite votre affectionné,

»FERDINAND B.»

Le cardinal avait une mission toute prête à donner à fra Pacifico.