Dans cette lettre était inséré un petit papier où, de sa plus fine écriture, le cardinal avait tracé les mots suivants:
«Capitaine de Cesare, le roi connaît votre dévouement et l'approuve, ainsi que celui de vos compagnons. Le jour où vous me rejoindrez, vous abdiquerez le titre de prince, mais vous prendrez à mes côtés le rang de brigadier.
»En attendant, demeurez pour tous le prince héréditaire et que Dieu vous garde ni plus ni moins que si vous étiez lui-même!
»Celui qui vous porte ce billet, quoique tout dévoué à notre cause, ne sait que ce que voudrez lui dire, et il me paraît important, surtout si vous le renvoyez à Naples, qu'il y rentre avec la croyance que vous êtes bien véritablement le duc de Calabre.»
De Cesare lut la lettre, ou plutôt les deux lettres, d'un bout à l'autre avec toute l'attention que l'on peut imaginer; puis il les passa à Boccheciampe, tandis que fra Pacifico, qui prenait l'aventurier corse pour le vrai prince, se tenait respectueusement à quelque distance, attendant ses ordres.
--Vous savez lire, mon ami? demanda Boccheciampe lorsqu'il eut achevé les deux lettres et rendu à de Cesare le billet particulier qui était joint à la dépêche officielle.
--Par la grâce de Dieu, oui, dit fra Pacifico.
--Eh bien, alors, comme Son Altesse ne veut point avoir de secret pour un serviteur si dévoué que vous paraissez l'être, et désire que vous connaissiez le cas que monseigneur le cardinal fait de vous, elle vous autorise à prendre connaissance de cette lettre.
Fra Pacifico reçut, en s'inclinant jusqu'à terre, la lettre des mains du faux duc de Saxe, et la lut à son tour.
Après quoi, il s'inclina de nouveau en signe de remerciement et la rendit à celui qu'il prenait pour le prince.