Quoique déjà il fût atteint de la rigidité cadavérique, la mort lui avait rendu la sérénité des traits, que lui avaient momentanément enlevée les douleurs de son agonie. Ses longs cheveux blonds, de la nuance de ceux de sa mère, descendaient en anneaux le long de ses joues décolorées et de son cou, marbré de grosses veines bleuâtres; une chemise à col rabattu et garnie d'une riche dentelle encadrait sa poitrine. On eût dit qu'il dormait.

Seulement, au lieu de sa mère ou d'Emma, c'était un prêtre qui veillait sur son sommeil.

Nelson, quoique de coeur peu tendre, ne put s'empêcher de penser que le jeune prince, qui dormait seul avec un prêtre protestant priant sur lui,--et lui, Nelson, le regardant dormir,--avait à quelques pas de lui son père, sa mère, quatre soeurs et un frère, dont pas un n'avait eu l'idée de lui faire la pieuse visite qu'il lui faisait. Une larme mouilla son oeil et tomba sur la main roidie du mort, à moitié couverte par une manchette de magnifique dentelle.

En ce moment, il sentit une main légère qui se posait doucement sur son épaule. Il se retourna et effleura deux lèvres parfumées: c'était la main, c'étaient les lèvres d'Emma.

C'était dans ses bras, et non dans ceux de sa mère, on se le rappelle, que l'enfant était mort, et, tandis que sa mère dormait, ou, les yeux fermés, roulait sous son front assombri par la haine ses projets de vengeance, c'était encore Emma qui venait accomplir, ne voulant pas que les mains brutales d'un matelot touchassent ce corps délicat, le pieux devoir de l'ensevelissement.

Nelson lui baisa respectueusement la main. Le coeur le plus vaste et le plus ardent, s'il n'est point dénué de toute poésie, a, devant la mort, de suprêmes pudeurs.

En remontant sur la dunette, il y trouva le roi.

Encore plein du spectacle funèbre dont il emportait le souvenir avec lui, Nelson s'attendait à avoir le coeur d'un père à consoler: Nelson se trompait. Le roi se trouvait mieux, le roi avait faim: le roi venait recommander à Nelson le plat de macaroni sans lequel il n'y avait point pour lui de dîner possible.

Puis, comme on avait en vue tout l'archipel lipariote, il s'informa du nom de chacune des îles, qu'il montrait du doigt à Nelson, lui racontant qu'il avait eu dans sa jeunesse un régiment de jeunes hommes tirés tous de ces îles et qu'il appelait ses Lipariotes.

Alors vint le récit d'une fête qu'il avait, quelques années auparavant, donnée aux officiers de ce régiment, fête dans laquelle lui, Ferdinand, habillé en cuisinier, jouait le rôle de maître d'hôtel, tandis que la reine, vêtue d'un costume de paysanne et entourée des plus jolies femmes de sa cour, remplissait celui d'hôtelière.