Ce jour-là, Ferdinand avait lui-même une immense chaudronnée de macaroni, et jamais il n'en avait mangé de pareil. En outre, comme, la veille, il avait pêché lui-même son poisson dans le golfe de Mergellina, et la surveille tué, lui-même toujours, ses chevreuils, ses sangliers, ses lièvres et ses faisans dans la forêt de Persano, ce dîner lui avait laissé des souvenirs ineffaçables, qui se traduisirent par un profond soupir et ces mots invocateurs:
--Pourvu que je trouve autant de gibier dans mes forêts de Sicile que j'en ai ou plutôt que j'en avais dans mes forêts de terre ferme!
Ainsi, ce roi, que les Français dépouillaient de son royaume; ainsi, ce père, auquel la mort enlevait son fils, ne demandait, pour se consoler de ce double malheur, qu'une chose à Dieu: c'était qu'il lui restât au moins des forêts giboyeuses.
On doubla vers deux heures de l'après-midi, le cap Cefallu.
Deux choses préoccupaient Nelson et lui faisaient interroger tour à tour la mer et la côte: Où pouvaient être Caracciolo et sa frégate? Comment ferait-il, avec le vent du sud, pour entrer dans la baie de Palerme?
Nelson, qui avait passé sa vie sur l'Atlantique, était peu pratique des mers dans lesquelles il se trouvait et où il avait rarement navigué. Il est vrai qu'il avait à bord, comme nous l'avons vu, deux autres matelots siciliens. Mais comment, lui, Nelson, le premier homme de mer de son époque, recourrait-il à un simple matelot pour diriger un vaisseau de soixante et douze dans la passe de Palerme?
Si l'on arrivait de jour, on ferait des signaux pour demander un pilote; si l'on arrivait de nuit, on courrait des bordées jusqu'au lendemain matin.
Mais, alors, le roi, dans son ignorance des difficultés, demanderait:
--Puisque voilà Palerme, pourquoi n'y entrons nous pas?
Et il faudrait répondre: