--Vous vous êtes bien fait attendre, lui dit Henry en italien.

--Je suis venu au premier coup de canon, capitaine.

--Vous n'aviez donc pas vu les signaux?

Le pilote ne répondit point.

--Voyons, dit Nelson, ne perdons pas de temps; demandez-lui en italien, Henry, s'il est pratique du port et s'il répond de conduire sans accident un vaisseau de haut bord à son ancrage.

--Je parle votre langue, milord, répondit le pilote en excellent anglais. Je suis pratique du port et je réponds de tout.

--C'est bien, dit Nelson. Commandez la manoeuvre: vous êtes le maître ici. Seulement, n'oubliez pas que vous manoeuvrez un bâtiment monté par vos souverains.

--Je sais que j'ai cet honneur, milord.

Puis, sans prendre le porte-voix que lui tendait Henry, d'une voix sonore qui retentit d'un bout à l'autre du vaisseau, il commanda la manoeuvre en aussi bon anglais et avec des termes aussi techniques que s'il eût servi dans la marine du roi George.

Comme un cheval qui se sent monté par un écuyer habile et qui comprend que toute l'opposition qu'il pourrait faire à sa volonté serait inutile, le Van-Guard s'inclina sous le commandement du pilote, et obéit non-seulement sans résistance, mais avec une espèce d'empressement qui n'échappa point au roi.