Acton, écrasé par les événement, et surtout par la connaissance que le roi avait eue de la part qu'il avait prise à la falsification de la lettre de son gendre l'empereur d'Autriche, sentant son impopularité grandir chaque jour, craignait de donner un avis qui conduisît l'État plus bas encore qu'il n'était, et offrait de donner sa démission en faveur de celui qui ouvrirait cet avis. Le prince de Castelcicala, diplomate inférieur, qui ne dut la haute position qu'il occupa en France et en Angleterre qu'à la faveur de Ferdinand et à la récompense de ses crimes, était impuissant aux situations extrêmes. Nelson, homme de guerre, marin terrible, capitaine de génie sur son élément, devenait d'une effrayante nullité en face de toute situation qui ne devait point se terminer par un branle-bas de combat. Enfin, le marquis de Circello, qui, pendant dix ou onze ans, garda près du roi la position qui venait de lui être faite, était ce que les rois appellent un bon serviteur, en ce qu'il obéit sans réplique aux ordres qu'il reçoit, ces ordres fussent-ils absurdes;--et ce que l'avenir n'appelle d'aucun nom, cherchant inutilement sa trace dans les événements contemporains et n'y trouvant que sa signature au-dessous de celle du roi.

Le seul homme qui, en pareille circonstance, eût pu donner un bon conseil et qui même l'avait déjà plusieurs fois donné au roi, c'était le cardinal Ruffo. Son génie plein d'audace, de ressources et d'invention, était de ceux auxquels les rois peuvent recourir en toute circonstance. Le roi le savait et il y avait personnellement recouru.

Mais le cardinal lui avait constamment répondu par ces paroles: «Transporter la contre-révolution en Calabre, et mettre à la tête de la contre-révolution le duc de Calabre.»

La première moitié du conseil agréait assez au roi; mais la seconde partie lui paraissait absolument impraticable.

Le duc de Calabre était le digne fils de son père, et il avait horreur de tout moyen politique qui pût compromettre sa précieuse existence. Il n'avait jamais voulu aller en Calabre, de peur d'y attraper la fièvre, et cela, quelques instances que le roi eût pu lui faire. A coup sûr, le roi n'obtiendrait point de lui d'y aller lorsqu'il s'agirait non-seulement d'y risquer la fièvre, mais d'y recevoir, en outre, des coups de fusil.

Aussi le roi, sachant d'avance l'inutilité de l'ouverture, n'avait-il pas dit un mot à son fils de ce projet.

Le conseil se sépara donc, comme nous l'avons dit, sans avoir rien décidé, se donnant à lui-même ce prétexte que, les renseignements sur l'état des choses étant insuffisants, il fallait en attendre de nouveaux.

La situation était claire cependant et ne pouvait guère le devenir davantage.

Les Français étaient maîtres de Naples, la république parthénopéenne était proclamée et le gouvernement provisoire envoyait des représentants pour démocratiser la province.

Seulement, comme le conseil voulait avoir l'air de délibérer, s'il ne faisait point autre chose, il décida qu'il se réunirait le lendemain et les jours suivants.