L'amiral jeta un cri de surprise. Il avait quitté Palerme le jour même où sa démission avait été acceptée, et, dans cette même barque avec laquelle il arrivait, il avait suivi le littoral, relâchant chaque soir et se remettant en route chaque matin, allant à la voile quand il y avait du vent et que ce vent était bon, à la rame quand il n'y avait point de vent ou qu'on ne pouvait pas l'utiliser.

Il ignorait donc l'expédition du cardinal, et, en voyant un rassemblement d'hommes armés, reconnaissant la bannière royale, il avait dirigé sa barque vers ce rassemblement et cette bannière, pour avoir l'explication de cette énigme.

Il n'y avait pas grande sympathie entre François Caracciolo et le cardinal Ruffo. Ces deux hommes étaient trop différents d'esprit, d'opinions, de sentiments, pour être amis. Mais Ruffo estimait le caractère de l'amiral, et l'amiral estimait le génie de Ruffo.

Tous deux, on le sait déjà, représentaient deux des plus puissantes familles de Naples, ou plutôt du royaume.

Ils s'abordèrent donc avec cette considération que ne peuvent se refuser deux hommes supérieurs, et tous deux le sourire sur les lèvres.

--Venez-vous vous joindre à moi, prince? demanda le cardinal.

--Cela se pourrait, Votre Éminence, et ce serait un grand honneur pour moi de voyager dans votre compagnie, répondit Caracciolo, si j'étais encore au service de Sa Majesté; mais le roi a bien voulu, sur ma prière, m'accorder mon congé, et vous voyez un simple touriste.

--Ajoutez, reprit le cardinal, qu'un homme d'Église ne vous paraît probablement pas l'homme qu'il faut à une expédition militaire, et que tel qui a le droit de servir comme chef ne reconnaît point de supérieur.

--Votre Éminence a tort de me juger ainsi, reprit Caracciolo. J'ai offert au roi, s'il voulait organiser la défense de Naples et vous donner le commandement général des troupes, de me mettre, moi et mes marins, sous les ordres de Votre Éminence: le roi a refusé. Aujourd'hui, il est trop tard.

--Pourquoi trop tard?