A peine le dernier vers avait-il grincé par la voix du chanteur, que le jeune homme lâcha les barreaux et se laissa retomber sur son lit: on entendait des pas dans le corridor et ces pas s'approchaient de la porte.

A la lueur de la triste lampe qui brûlait suspendue au plafond, le père et le fils n'eurent que le temps d'échanger un regard.

Ce n'était pas l'heure où l'on descendait dans leur cachot, et tout bruit inaccoutumé est, on le sait, inquiétant pour des prisonniers.

La porte du cachot s'ouvrit. Les prisonniers virent dans le corridor une dizaine de soldats armés, et une voix impérative prononça ces mots:

—Levez-vous, habillez-vous et suivez-nous.

—La moitié de la besogne est faite, dit gaiement le plus jeune des deux hommes; nous aurons donc l'avantage de ne pas vous faire attendre.

Le vieillard se leva en silence. Chose étrange, c'était celui qui avait le plus vécu qui semblait le plus tenir à la vie.

—Où nous conduisez-vous? demanda-t-il d'une voix légèrement altérée.

—Au tribunal, répondit l'officier.

—Hum! fit André, s'il en est ainsi, j'ai peur qu'il n'arrive trop tard.