On ignorait ses négociations avec les républicains: aux yeux des habitants de Castelluccio, Sciarpa était l'homme pur.
Le silence se fit donc comme par enchantement, et la parole lui fut accordée à l'instant même.
Alors, sous la voûte sainte aux arcades sonores, il éleva la voix et dit:
—Frères! vous n'avez plus maintenant que deux partis à prendre: ou fuir comme des lâches, ou vous défendre en héros. Dans le premier cas, je quitterais la ville avec mes hommes et me réfugierais dans la montagne, vous laissant la défense de vos femmes et de vos enfants; dans le second cas, je me mettrai à votre tête, et, avec l'aide de Dieu, qui nous écoute et nous regarde, je vous conduirai à la victoire. Choisissez!
Un seul cri répondit à ce discours, si simple et, par conséquent, si bien fait pour ceux auxquels il s'adressait:
—La guerre!
Le curé, au pied de l'autel, dans ses habits d'officiant, bénit les armes et les combattants.
Sciarpa fut, à l'unanimité, nommé commandant en chef, et on lui laissa le soin du plan de bataille. Les habitants de Castelluccio mirent leur ville sous sa garde et leur vie à sa disposition.
Il était temps. Les républicains n'étaient plus qu'à une centaine de pas des premières maisons; ils arrivaient à l'entrée du village, haletants, exténués de cette montée rapide. Mais, là, avant qu'ils eussent eu le temps de se remettre, ils furent accueillis par une grêle de balles lancées de toutes les fenêtres par un ennemi invisible.
Cependant, si l'ardeur de la défense était vive, l'acharnement de l'attaque était terrible. Les républicains ne plièrent même pas sous le feu; ils continuèrent de marcher en avant, guidés par Schipani, tenant la tête de la colonne, son sabre à la main. Il y eut alors un instant, non pas de lutte, mais d'obstination à mourir. Cependant, après avoir perdu un tiers de ses hommes, force fut à Schipani de donner l'ordre de battre en retraite.