Schipani, avec une nouvelle armée réorganisée tant bien que mal, avait été attaqué et vaincu par les populations de la Cava, de Castellamare et des villages voisins, et ne s'était reformé que derrière le village de Torre-del-Greco.

Enfin, Manthonnet, qui marchait contre Ruffo, ne put arriver jusqu'à lui; serré de tous côtés par les populations, menacé d'être coupé par les sanfédistes, il avait été contraint de battre en retraite sans avoir été plus loin que la Terre de Bari.

Toutes ces nouvelles arrivaient à Salvato, chargé de garder Naples et d'y maintenir la tranquillité avec sa légion calabraise. Ce poste difficile, mais qui lui permettait de veiller sur Luisa, de la voir tous les jours, de la soutenir, de la consoler, lui avait été donné, non pas sur sa demande, mais à cause de sa fermeté et de son courage bien reconnus, et puis encore du profond dévouement qu'avait pour lui Michele, qui, comme chef du peuple, pouvait rendre de grands services ou faire de grands torts à la République, soit en la servant, soit en la trahissant. Mais, par bonheur, Michele était ferme dans sa foi. Devenu républicain par reconnaissance, il restait républicain par conviction.

Le miracle de saint Janvier a lieu deux fois l'an, sans compter les miracles hors tour. Le jour du miracle officiel approchait, et tout le monde se demandait si saint Janvier resterait fidèle aux sympathies qu'il avait manifestées pour la République au moment où la République, abandonnée par les Français, était si cruellement menacée par les sanfédistes. Il s'agissait pour saint Janvier d'une position importante à perdre ou à gagner. En trahissant les patriotes comme Rocca-Romana, il se raccommodait évidemment avec le roi, et restait, en cas de restauration, le protecteur de Naples; en demeurant fidèle à la République, il partageait sa fortune, tombait avec elle ou restait debout avec elle.

Toutes les autres préoccupations politiques furent mises à part pour faire place aux préoccupations religieuses.

Salvato, chargé de la tranquillité de la ville et sûr de ses Calabrais, les disposa stratégiquement, de manière à faire face à l'émeute, mais laissa entièrement au saint son libre arbitre. Jeune patriote, ardent, brave jusqu'à la témérité, peut-être n'eût-il point été fâché d'avoir à en finir d'un seul coup avec le parti réactionnaire, qu'il était facile de reconnaître plus agité et plus agissant que jamais.

Un soir, Michele était venu prévenir Salvato qu'il avait su par Assunta, qui le tenait de ses frères et du vieux Basso-Tomeo, que la contre-révolution devait avoir lieu le lendemain et qu'un complot dans le genre de celui des Backer devait éclater.

Il prit à l'instant même toutes ses dispositions, ordonna à Michele de faire mettre ses hommes sous les armes, prit cinq cents hommes de ses lazzaroni pour garder les quartiers aristocratiques avec ses Calabrais, lui donna mille Calabrais pour garder les vieux quartiers avec ses lazzaroni, et attendit tranquillement que la réaction donnât signe de vie.

La réaction resta muette; mais, au lever du jour, sans que l'on sût comment ni par qui, on trouva plus de mille maisons marquées d'une croix rouge.

C'étaient les maisons désignées au pillage seulement.