Le cardinal fronça le sourcil.

Puis De Cesari et La Marra arrivèrent à leur tour.

Les nouvelles qu'ils apportaient étaient désastreuses.

La Marra annonçait que le bataillon albanais, une des forces de la coalition sanfédiste, était égorgé, depuis le premier jusqu'au dernier homme.

De Cesari avait appris que, du poste et de la batterie de Chiaïa, il ne restait pas vingt hommes. Les quatre canons fournis par le Sea-Horse étaient encloués et, par conséquent, hors d'usage, et les artilleurs russes s'étaient fait tuer sur leurs pièces.

Or, pendant la même nuit, c'est-à-dire pendant la nuit qui venait de se passer, le cardinal, par un messager qui avait débarqué à Salerne, avait reçu la lettre de la reine, en date du 14; dans laquelle lettre la reine lui disait que la flotte de Nelson, après avoir quitté Palerme pour conduire à Ischia l'héritier de la couronne, y était rentrée pour remettre à terre ce même héritier, sur la nouvelle, reçue par Nelson, que la flotte française était sortie de Toulon.

Il n'y avait que peu de probabilité que la flotte vînt à Naples; cependant, il était possible qu'elle y vînt: alors son entreprise était ruinée.

Enfin, une chose pouvait arriver une seconde fois, comme elle était arrivée une première. Après Cotrone, le pillage avait été si grand, que les trois quarts des sanfédistes, s'étant regardés comme enrichis, avaient déserté avec armes, bagages et butin.

Or, la moitié de Naples était pillée par les lazzaroni, et l'armée sanfédiste pouvait bien ne pas estimer l'autre à la valeur des dangers que chaque homme courait en restant.

Le cardinal ne s'abusait point. Son armée, c'était bien plutôt une bande de corbeaux, de loups et de vautours venant à la curée, qu'une troupe de soldats faisant la guerre pour le triomphe d'une idée ou d'un principe.