Le repas fut sobre, triste, presque muet.
Trois fois seulement, il fut interrompu par un double toast: «A la liberté et à la mort!» ces deux grandes déesses invoquées par les peuples opprimés.
De leurs avant-postes, les sanfédistes pouvaient voir le suprême festin; mais ils n'en comprenaient point la sublime tristesse.
Seul le cardinal calculait de quels efforts désespérés sont capables des hommes qui se préparent à la mort avec cette solennelle tranquillité; il n'en était, soit crainte, soit admiration, que plus affermi dans la résolution de traiter avec eux.
LXXIII
LA CAPITULATION
Le 19 juin, comme nous l'avons dit, les bases de la capitulation avaient été jetées sur le papier.
Elles avaient été discutées pendant la journée du 20, au milieu de l'émeute qui ensanglantait la ville et faisait parfois croire à l'impossibilité de mener à bonne fin les négociations.
Le 21, à midi, l'émeute était calmée, et le repas libre avait eu lieu à quatre heures du soir.
Enfin, le 22 au matin, le colonel Mejean descendit du château Saint-Elme, escorté par la cavalerie royaliste, et vint conférer avec le directoire.