--Que ne pourras-tu jamais, ma Luisa bien-aimée?
--Te quitter, mon Salvato. Jamais! jamais!
--Ah! fit le jeune homme respirant avec joie.
--Dieu fera de moi ce qu'il voudra, mais ou nous vivrons ou nous mourrons ensemble!
Et elle éclata en sanglots.
--Écoute, lui dit Salvato, nous ne sommes point forcés de nous arrêter en France; où tu voudras aller, j'irai.
--Mais ton grade? mais ton avenir?
--Sacrifice pour sacrifice, ma bien-aimée Luisa. Je te le répète, si tu veux fuir au bout du monde les souvenirs que tu laisses ici, j'irai au bout du monde avec toi. Te connaissant comme je te connais, ange de pureté, ce ne sera pas trop de ma présence et de mon amour éternels pour te faire oublier.
--Mais je ne partirai point ainsi, comme une ingrate, comme une fugitive, comme une adultère; je lui écrirai, je lui dirai tout. Son beau, son grand, son sublime coeur me pardonnera un jour, il me donnera l'absolution de ma faute, et, à partir de ce jour seulement, je me pardonnerai à moi-même.
Salvato détacha son bras du cou de Luisa, s'approcha d'une table, y prépara du papier, une plume et de l'encre; puis, revenant à elle et l'embrassant au front: