Sir William répéta à Ruffo la demande de Nelson traduite en français. Ruffo l'avait comprise, à peu près; mais l'importance de la question était telle, qu'il ne voulait répondre qu'après l'avoir comprise tout à fait.

Et, comme sir William accentuait soigneusement la dernière phrase:

--Les représentants des puissances alliées étant intervenus dans le traité que Votre Seigneurie veut rompre, dit-il en s'inclinant, je ne puis répondre que pour mon compte, et cette réponse, je l'ai déjà faite à MM. Troubridge et Ball.

--Et cette réponse est...? demanda sir William.

--J'ai engagé ma signature et, en même temps que ma signature, mon honneur. Autant qu'il sera en mon pouvoir, je ne laisserai faire tache ni à l'une ni à l'autre. Quant aux honorables capitaines qui ont signé le traité en même temps que moi, je leur transmettrai les intentions de milord Nelson, et ils sauront ce qu'ils ont à faire. Cependant, comme, en pareille matière, un mot mal rapporté suffit à changer le sens de toute une phrase, je serais obligé à milord Nelson, de me donner par écrit son ultimatum.

La requête de Ruffo fut transmise à l'amiral.

--Dans quelle langue Son Éminence désire-t-elle que cet ultimatum soit écrit? demanda Nelson.

--En anglais, répondit le cardinal: je lis l'anglais, et le capitaine Baillie est Irlandais. D'ailleurs, je tiens à avoir une pièce si importante écrite tout entière de la main de l'amiral.

Nelson fit un signe de tête indiquant qu'il ne voyait aucun inconvénient à satisfaire aux désirs du cardinal, et, de cette écriture renversée particulière aux gens qui écrivent de la main gauche, il traça les lignes suivantes, que nous regrettons de ne point avoir fait autographier tandis que nous étions à Naples et que nous avions l'original sous les yeux:

«Le grand amiral lord Nelson est arrivé le 24 juin avec la flotte britannique dans la baie de Naples, où il a trouvé qu'un traité avait été conclu avec les rebelles, traité qui, selon lui, ne peut recevoir son exécution qu'après avoir été ratifié par Leurs Majestés Siciliennes.