Le cardinal mit tout ce qu'il avait de Calabrais sous les ordres du colonel Rapini, Calabrais lui-même, et leur ordonna de prendre le fort, coûte que coûte.
Il choisissait des Calabrais pour combattre les Calabrais, parce qu'il savait qu'entre compatriotes la lutte serait mortelle: les luttes fratricides sont les plus terribles et les plus acharnées.
Dans les duels entre étrangers, parfois les deux adversaires survivent; nul n'a survécu d'Étéocle et de Polynice.
En voyant le drapeau aux trois couleurs flottant au-dessus de la porte et en lisant la légende gravée au-dessous du drapeau: Nous venger, vaincre ou mourir! les Calabrais, ivres de fureur, se ruèrent sur le petit fort, des haches et des échelles à la main.
Quelques-uns parvinrent à entamer la porte à coups de hache; d'autres arrivèrent jusqu'au pied des murailles, où ils tentèrent d'appuyer leurs échelles; mais on eût dit que, comme l'arche sainte, le fort de Vigliana frappait de mort quiconque le touchait.
Trois fois les assaillants revinrent à la charge et trois fois furent repoussés en laissant les approches du fort jonchées de cadavres.
Le colonel Rapini, blessé de deux balles, envoya demander du secours.
Le cardinal lui envoya cent Russes et deux batteries de canon.
Les batteries furent établies, et, au bout de deux heures, la muraille offrait une brèche praticable.
On envoya alors un parlementaire au commandant: il offrait la vie sauve.