--Lis ce qui est écrit sur la porte du fort, répondit le vieux prêtre: Nous venger, vaincre ou mourir! Si nous ne pouvons vaincre, nous mourrons et nous nous vengerons.
Sur cette réponse, Russes et Calabrais s'élancèrent à l'assaut.
La fantaisie d'un empereur, le caprice d'un fou, de Paul Ier, envoyait des hommes nés sur les rives de la Néva, du Volga et du Don, mourir pour des princes dont ils ignoraient le nom, sur les plages de la Méditerranée.
Deux fois ils furent repoussés et couvrirent de leurs cadavres le chemin qui conduisait à la brèche.
Une troisième fois, ils revinrent à la charge, les Calabrais conduisant l'attaque. Au fur et à mesure que ceux-ci déchargeaient leurs fusils, ils les jetaient; puis, le couteau à la main, ils s'élançaient dans l'intérieur du fort. Les Russes les suivaient, poignardant avec leurs baïonnettes tout ce qu'ils trouvaient devant eux.
C'était un combat muet et mortel, un combat corps à corps, dans lequel la mort se faisait jour, au milieu d'embrassements si étroits, qu'on eût pu les croire des embrassements fraternels. Cependant, la brèche une fois ouverte, les assaillants croissaient toujours, tandis que les assiégés tombaient les uns après les autres sans être remplacés.
De deux cents qu'ils étaient d'abord, à peine en restait-il soixante, et plus de quatre cents ennemis les entouraient. Ils ne craignaient pas la mort; seulement, ils mouraient désespérés de mourir sans vengeance.
Alors, le vieux prêtre, couvert de blessures, se dressa au milieu d'eux, et, d'une voix qui fut entendue de tous:
--Êtes-vous toujours décidés? demanda-t-il.
--Oui! oui! oui! répondirent toutes les voix.