Mais une circonstance rendit la mort de Battistessa plus terrible encore qu'on n'avait pu le prévoir.

Après être restés vingt-quatre heures suspendus au gibet, les corps de Battistessa, de Spano et de Schipani furent exposés dans l'église de Spirito-Santo, à Ischia.

Mais, une fois couché sur le lit funéraire, le corps de Battistessa poussa un soupir, et le prêtre s'aperçut, avec un étonnement mêlé d'épouvante, que cette longue suspension n'avait point amené la mort.

Un râle sourd, mais continu, attestait la persistance de la vie, en même temps que l'on voyait sa poitrine s'abaisser et se soulever.

Peu à peu, il reprit ses sens et revint entièrement à lui.

L'avis de tous était que cet homme, qui avait été supplicié, en avait fini avec la mort, laquelle, pendant vingt-quatre heures, l'avait tenu entre ses bras; mais personne, pas même le prêtre, dont c'était peut-être le devoir d'avoir du courage, n'osa rien décider sans prendre les ordres de Speciale.

On envoya, en conséquence, un message à Procida.

Que l'on se figure l'angoisse d'un malheureux qui sort du tombeau, qui revoit le jour, le ciel, la nature, qui se reprend à la vie, qui respire, qui se souvient, qui dit: «Mes enfants!» et qui pense que tout cela n'est peut-être qu'un de ces rêves du trépas que Hamlet craint de voir survivre à la vie.

C'est Lazare ressuscité, qui a embrassé Marthe, remercié Madeleine, glorifié Jésus, et qui sent retomber sur son crâne la pierre du tombeau.

Ce fut ce qu'éprouva, ce que dut éprouver du moins le malheureux Battistessa en voyant revenir le messager accompagné du bourreau.