--Il me tient, balbutia Michele, il me tient!

--Tâche de monter avec lui dans la barque, lui répondit Salvato.

--Aidez-moi, mon général, en me donnant la main; mais ayez soin de passer du côté opposé!

Tout en restant assis sur le banc de bâbord, Salvato étendit la main jusqu'à tribord.

Michele saisit cette main.

--Alors, avec sa merveilleuse vigueur, Salvato tira Michele à lui.

En effet, Pagliucella le tenait à bras-le-corps et avait paralysé tous ses mouvements.

--Corps du Christ! s'écria Michele en enjambant avec peine par-dessus le bordage du bateau, peu s'en est fallu que je ne fisse mentir la prophétie de la vieille Nanno, et c'eût été à mon ami Pagliucella que j'en eusse eu l'obligation! Mais il paraît que décidément celui qui doit être pendu ne peut pas se noyer. Je ne vous en remercie pas moins, mon général. Il est dit que nous jouons à nous sauver la vie. Vous venez de gagner la belle, ce qui fait que je reste votre obligé. La! maintenant, occupons-nous de ce gaillard-là.

Il s'agissait, comme on le comprend bien, de Pagliucella. Il était sans connaissance et le sang coulait d'une double blessure: une balle, sans attaquer l'os, lui avait traversé les muscles de la cuisse.

Salvato jugea que ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de ramer vigoureusement vers le Château-Neuf et de remettre Pagliucella, qui donnait des signes non équivoques de vie, aux mains d'un médecin.