En abordant au pied de la muraille, ils trouvèrent un homme qui les attendait: c'était le docteur Cirillo, qui avait cherché, la nuit précédente, un refuge au Château-Neuf.

Il avait suivi des yeux et dans ses moindres détails le drame qui venait de se passer, et il venait, comme le Deus ex machinâ, en faire le dénoûment.

Grâce à des couvertures chaudes, à des frictions d'eau-de-vie camphrée, à des insufflations d'air dans les poumons, Pagliucella revint bientôt à lui, et put raconter l'effroyable boucherie à laquelle il avait échappé par miracle.

Il venait d'achever le récit qui ne laissait plus aux patriotes de Naples d'autre ressource que de se défendre, à l'abri des forts, jusqu'à la dernière extrémité, et le docteur Cirillo pansait la plaie de la cuisse, à laquelle la fraîcheur de l'eau et surtout le danger qu'il avait couru avaient empêché le blessé de songer jusqu'alors, lorsqu'on vint annoncer que Bassetti, attaqué à Capodichino par Fra-Diavolo et Mammone, avait été obligé de se mettre en retraite, et, poursuivi vigoureusement, rentrait en désordre dans la ville.

Les lazzaroni, disait-on, avaient dépassé la strada dei Studi et étaient au largo San-Spirito.

Salvato sauta sur un fusil, Michele en fit autant; ils sortirent du Château-Neuf avec deux ou trois patriotes, en recrutèrent quelques-uns encore au largo del Castello. Michele, avec ses lazzaroni campés strada Medina, s'élança strada dei Lombardi, afin de déboucher à Tolède, un peu avant le Mercatello; Salvato tourna par Saint-Charles et l'église Saint-Ferdinand pour rallier les hommes de Bassetti, qui, disait-on, fuyaient dans Tolède en criant à la trahison, envoya deux ou trois messagers aux patriotes de San-Martino, afin qu'ils descendissent de leur hauteur et appuyassent son mouvement; puis il s'élança de son côté dans la rue de Tolède, qui, en effet, était pleine de cris, de désordre et de confusion.

Pendant quelque temps, ce fleuve que conduisait Salvato coula entre deux remous de fuyards éperdus. Mais, en voyant ce beau jeune homme, la tête nue, les cheveux flottants, le fusil à la main, les encourageant dans leur langue, les rappelant au combat, ils commencèrent à rougir de leur panique, puis s'arrêtèrent et osèrent regarder derrière eux.

Les sanfédistes barraient la rue au bas de la montée dei Studi, et l'on voyait au premier rang Fra-Diavolo, avec son costume élégant et pittoresque, et Gaetano Mammone avec ses pantalons et sa veste de meunier, autrefois blancs et couverts de farine, aujourd'hui rouges et dégouttants de sang.

A la vue de ces deux formidables chefs de masses, la terreur de la Terre de Labour, il y eu un mouvement d'hésitation parmi les patriotes. Mais, en ce moment, par bonheur, Michele débouchait par la via dei Lombardi, et l'on entendait battre la charge dans la rue de l'Infrascata. Fra-Diavolo et Mammone craignirent de s'être trop avancés, et, sans doute mal renseignés sur les positions occupées par le cardinal, ignorant la défaite de Schipani, ordonnèrent la retraite.

Seulement, en se retirant, ils laissèrent deux ou trois cents hommes dans le musée Bourbonien, où ils se barricadèrent.