Après la révolte de 1647, c'est-à-dire après la courte dictature de Masaniello, les peintres qui avaient pris part à cette révolution, et qui, sous le titre de Compagnons de la mort, avaient juré de combattre et de tuer les Espagnols partout où ils les rencontreraient, les Salvator Rosa, les Aniello Falcone, les Mica Spadazo, ces raffinés du temps, pour éviter les représailles dont ils étaient menacés, se réfugièrent à la chartreuse de San-Martino, qui avait droit d'asile. Mais, une fois là, l'abbé songea à tirer parti d'eux. Il leur donna son église et son cloître à peindre, et, lorsqu'ils demandèrent quel prix leur serait alloué pour leurs peines:
--La nourriture et le logement, répondit l'abbé.
Et, comme ils trouvaient la rétribution médiocre, l'abbé fit ouvrir les portes en leur disant:
--Cherchez ailleurs: peut-être trouverez-vous mieux.
Chercher ailleurs, c'était tomber dans les mains des Espagnols et être pendus: ils firent contre fortune bon coeur et couvrirent les murailles de chefs-d'oeuvre.
Mais ce n'était point pour voir ces chefs-d'oeuvre que Salvato gravissait les pentes de San-Martino,--Rubens, de son fulgurant pinceau, nous a montré les arts fuyants devant le sombre génie de la guerre,--c'était pour voir où le sang avait été versé pendant la journée qui venait de s'écouler, et où il serait versé le lendemain.
Salvato se fit reconnaître des patriotes, qui, au nombre de cinq ou six cents, s'étaient réfugiés dans le couvent de San-Martino, au refus de Mejean, qui avait fermé de nouveau les portes du château Saint-Elme.
Cette fois, ce n'était point l'abbé qui leur dictait ses lois, c'étaient eux qui se trouvaient maîtres du couvent et des moines. Aussi, les moines leur obéissaient-ils avec la servilité de la peur.
On s'empressa de conduire Salvato dans la chambre de l'abbé: celui-ci n'était pas encore couché et lui en fit les honneurs en le conduisant à cette fameuse fenêtre qui, au dire des Napolitains, s'ouvrant sur Naples, s'ouvre tout simplement sur le paradis.
La vue du paradis s'était quelque peu changée en une vue de l'enfer.