Saint Janvier fut interrogé légalement.

On lui demanda ses noms, ses prénoms, son âge, ses qualités, et on l'interrogea pour qu'il eût à dire à l'aide de quels mérites il était parvenu à la position élevée qu'il occupait.

Son avocat répondit pour lui, et, il faut le dire, avec plus de conscience que n'en mettent ordinairement les avocats. Il fit valoir sa mort héroïque, son amour paternel pour Naples, ses miracles, non pas seulement de la liquéfaction du sang, mais encore les paralytiques jetant leurs béquilles,--les gens tombant d'un cinquième étage et se relevant sains et saufs,--les bâtiments luttant contre la tempête et rentrant au port,--le Vésuve s'éteignant à sa seule présence,--enfin, les Autrichiens vaincus à Velletri, à la suite du voeu fait par Charles III, pendant qu'il était caché dans son four.

Par malheur pour saint Janvier, sa conduite, jusque-là exemplaire et limpide, devenait obscure et ambiguë du moment que les Français entraient dans la ville. Son miracle fait à l'heure annoncée d'avance par Championnet, et tous ceux qu'il avait faits en faveur de la République, étaient des accusations graves et dont il avait de la peine à se laver.

Il répondit que Championnet avait employé l'intimidation; qu'un aide de camp et vingt-cinq hussards étaient dans la sacristie; qu'il y avait eu enfin menace de mort si le miracle ne se faisait point.

A cela, il lui fut répondu qu'un saint qui avait déjà subi le martyre ne devait pas être si facile à intimider.

Mais saint Janvier répondit, avec une dignité suprême, que, s'il avait craint, ce n'était point pour lui, que sa position de bienheureux mettait à l'abri de toute atteinte, mais pour ses chers chanoines, moins disposés que lui à subir le martyre; que leur frayeur, à la vue du pistolet de l'envoyé du général français, avait été si grande et leur prière si fervente, qu'il n'avait pas pu y résister; que, s'il les avait vus dans la disposition de subir le martyre, rien n'eût pu le décider à faire son miracle; mais que ce martyre, il ne pouvait le leur imposer.

Il va sans dire que toutes ces raisons furent victorieusement rétorquées par l'accusateur, qui finit par réduire son adversaire au silence.

On alla aux voix, et, à la suite d'une chaude délibération, saint Janvier fut condamné, non-seulement à la dégradation, mais à la noyade.

Puis, séance tenante, on nomma à sa place, par acclamation, saint Antoine, qui, en découvrant la conjuration des cordes, avait enlevé à saint Janvier son reste de popularité,--on nomma saint Antoine patron de Naples.