Mais, chose singulière et inattendue, celui contre lequel se porta tout d'abord la colère des lazzaroni fut saint Janvier.

Une espèce de conseil de guerre se réunit au Vieux-Marché, en face de la maison du beccaïo blessé, conseil auquel prenait part celui-ci, dans le but de juger saint Janvier.

D'abord, on commença par envahir son église, malgré la résistance des chanoines, qui furent renversés et foulés aux pieds.

Puis on brisa la porte de la sacristie, où est renfermé son buste avec celui des autres saints formant sa cour. Un homme le prit irrévérencieusement entre ses bras, l'emporta au milieu des cris «A bas saint Janvier!» poussés par la populace, et on le déposa sur une borne, au coin de la rue Sant'Eligio.

Là, on eut grand'peine à empêcher les lazzaroni de le lapider.

Mais, pendant qu'on était allé chercher le buste dans son église, un homme était arrivé qui, par son autorité sur le peuple et sa popularité dans les bas quartiers de Naples, avait pris un grand ascendant sur les lazzaroni.

Cet homme était fra Pacifico.

Fra Pacifico avait vu, du temps qu'il était marin, deux ou trois conseils de guerre à bord de son bâtiment. Il savait donc comment la chose se passait et donna une espèce de régularité au jugement.

On alla à la Vicaria, où l'on prit au vestiaire cinq habits de juge et deux robes d'avocat, et le procès commença.

De ces deux avocats, l'un était l'accusateur public, l'autre le défenseur d'office.