Les duchesses de Pepoli et de Cassano, qui avaient commis ce crime, impardonnable aux yeux des lazzaroni, de quêter pour les patriotes pauvres, furent arrachées de leur palais; on leur coupa avec des ciseaux leurs robes, leurs jupons, tous leurs vêtements enfin, à la hauteur de la ceinture, et on les promena nues--chastes matrones qu'aucun outrage ne pouvait avilir!--de rue en rue, de place en place, de carrefour en carrefour; après quoi, elles furent conduites au castel Capuana, et jetées dans les prisons de la Vicairie.

Une troisième femme avait mérité, comme elles, le titre de mère de la patrie: c'était la duchesse Fusco, l'amie de Luisa. Son nom fut tout à coup prononcé, on ne sait par qui,--la tradition veut que ce soit par un de ceux qu'elle avait secourus. Il fut aussitôt décidé qu'on irait la chercher chez elle, et qu'on la soumettrait au même supplice. Seulement, il fallait, pour arriver à Mergellina, traverser la ligne formée par les républicains de la place de la Vittoria au château Saint-Elme. Mais, en arrivant aux Giardini, qu'ils ne savaient pas gardés, ils furent accueillis par une telle fusillade, que force leur fut de rétrograder en laissant une douzaine de morts ou de blessés sur le champ de bataille.

Cet échec ne les fit point renoncer à leur dessein: ils se représentèrent à la salita di San-Nicolas-de-Tolentino. Mais ils rencontrèrent le même obstacle à la strada San-Carlo-delle-Tartelle, ou ils laissèrent encore un certain nombre de morts et de blessés.

Enfin, ils comprirent que, dans leur ignorance des positions prises par les républicains, ils donnaient dans quelque ligne stratégique. Ils résolurent, en conséquence, de tourner le sommet de Saint-Martin, sur lequel ils voyaient flotter le drapeau des patriotes, par la rue de l'Infrascata, de gagner celle de Saint-Janvier-Antiquano, et de descendre à Chiaïa par la salita del Vomero.

Là, ils étaient complétement maîtres du terrain. Quelques-uns s'arrêtèrent pour faire leurs dévotions à la madone de Pie-di-Grotta, et les autres--et ce fut la majeure partie--continuèrent leur route par Mergellina, jusqu'à la maison de la duchesse Fusco.

En arrivant à la fontaine du Lion, celui qui conduisait la bande proposa, pour plus grande certitude de s'emparer de la duchesse, de cerner la maison sans bruit. Mais un homme cria qu'il y avait une femme bien autrement coupable que la duchesse Fusco: c'était celle qui avait recueilli l'aide de camp du général Championnet blessé, celle qui avait dénoncé le père et le fils Backer, et qui, en les dénonçant, avait été cause de leur mort.

Or, cette femme, c'était la San-Felice.

Sur cette proposition, il n'y eut qu'un cri: «Mort à la San-Felice!»

Et, sans prendre les précautions nécessaires pour s'emparer de la duchesse Fusco, les lazzaroni s'élancèrent vers la maison du Palmier, enfoncèrent les portes du jardin, et, par le perron, se ruèrent dans la maison.

La maison, on le sait, était complétement vide.