La première rage se passa sur les vitres, que l'on brisa, sur les meubles, que l'on jeta par les fenêtres; mais cette destruction d'objets néanmoins parut bientôt insuffisante.
Les cris «La duchesse Fusco! la duchesse Fusco! à mort la mère de la patrie!» se firent bientôt entendre. On enfonça la porte du corridor qui joignait les deux maisons, et l'on se rua, de celle de la San-Felice dans celle de la duchesse.
En examinant la maison de la San-Felice, il était facile de voir que cette maison avait été complétement abandonnée depuis quelques jours, tandis qu'on n'avait qu'à jeter les yeux sur celle de la duchesse Fusco pour s'assurer qu'elle avait été abandonnée à l'instant même.
Les restes d'un dîner se voyaient sur une table servie de très-belle argenterie; dans la chambre de la duchesse, gisaient à terre la robe et les jupons qu'elle venait de quitter, et dont la présence indiquait qu'elle s'était enfuie protégée par un déguisement. S'ils ne s'étaient pas amusés à piller et à saccager la maison de la San-Felice, ils prenaient la duchesse Fusco, qu'ils venaient chercher de si loin et pour laquelle ils avaient fait tuer inutilement une vingtaine d'entre eux.
Une rage féroce les prit. Ils commencèrent à tirer des coups de pistolet dans les glaces, à mettre le feu aux tentures, à hacher les meubles de coups de sabre,--lorsque, tout à coup, les faisant tressaillir au milieu de cette occupation, une voix venant du jardin cria insolemment à leur oreilles:
--Vive la République! Mort aux tyrans!
Un hurlement de cannibales répondit à ce cri; ils allaient donc avoir quelqu'un sur qui ils se vengeraient de leur déception.
Ils s'élancèrent dans le jardin par les fenêtres et par les portes.
Le jardin formait un grand carré long, planté de beaux arbres et fermé de murs; seulement, comme ce jardin ne présentait aucun abri, l'imprudent qui venait de révéler sa présence par le cri provocateur ne pouvait leur échapper.
La porte du jardin qui donnait sur le Pausilippe était encore ouverte: il était probable que cette porte avait donné passage à la duchesse Fusco.