Cette probabilité se changea en certitude, lorsque, sur le seuil de cette porte s'ouvrant sur la montagne, les lazzaroni trouvèrent un mouchoir aux initiales de la duchesse.

La duchesse ne pouvait être loin, et ils allaient faire une battue aux environs; mais, pour la seconde fois, sans qu'ils pussent deviner d'où il venait, retentit le cri, poussé avec plus d'impudence encore que la première fois, de «Vive la République! Mort aux tyrans!»

Les lazzaroni, furieux, se retournèrent: les arbres n'étaient ni assez gros, ni assez serrés pour cacher un homme; d'ailleurs, le cri semblait parti du premier étage de la maison.

Quelques-uns des pillards rentrèrent dans la maison et se jetèrent par les degrés, tandis que les autres restaient dans le jardin, en criant:

--Jetez-le-nous par les fenêtres!

C'était bien l'intention des dignes sanfédistes; mais ils eurent beau chercher, regarder par les cheminées, dans les armoires, sous les lits: ils ne trouvèrent pas le moindre patriote.

Tout à coup, au-dessus de la tête de ceux qui étaient restés dans le jardin, retentit, pour la troisième fois, le cri révolutionnaire.

Il était évident que celui qui poussait ce cri était caché dans les branches d'un magnifique chêne vert qui étendait son ombre sur un tiers du jardin.

Tous les yeux se portèrent vers l'arbre et fouillèrent son feuillage. Enfin, sur l'une des branches, on aperçut, juché comme sur un perchoir, le perroquet de la duchesse Fusco, l'élève de Nicolino et de Velasco, qui, dans le trouble répandu par l'invasion des lazzaroni, avait gagné le jardin, et qui, dans son effroi, ne trouvait rien de mieux à dire que le cri patriotique que lui avaient appris les deux républicains.

Mal prit au pauvre papagallo d'avoir révélé sa présence et son opinion dans une circonstance où son premier soin eût dû être de cacher l'une et l'autre. A peine fut-il découvert et reconnu pour le coupable, qu'il devint le point de mire des fusils sanfédistes, qu'une décharge retentit, et qu'il tomba au pied de l'arbre, percé de trois balles.