--Impossible! dit Salvato.

--Et pourquoi impossible?

--Vous êtes arrivé depuis deux heures à peine: vous devez être écrasé de fatigue.

--Sur ces deux heures, j'ai dormi une heure et je me suis reposé.

Salvato, qui connaissait le courage et l'intelligence de son messager, n'insista point davantage dans son refus; il fit une double copie de la lettre de Nicolino et la lui donna, avec injonction de ne la remettre qu'à Manthonnet lui-même.

Le messager prit la lettre et partit.

Par le vico della Strada-Nuova, par la strada de Monte-di-Dio, par la strada Ponte-di-Chiaïa et enfin par la rampe del Petrigo, le messager atteignit le couvent de San-Martino.

Il trouva les patriotes très-inquiets. Cette canonnade qu'ils entendaient du côté de la rivière de Chiaïa les préoccupait désagréablement. Aussi, lorsqu'ils surent qu'ils s'agissait d'enlever les pièces qui la faisaient, furent-ils tous, et Manthonnet le premier, d'accord qu'une troupe de deux cents hommes se joindrait aux deux cents Calabrais de Salvato et aux deux cents hussards de Nicolino.

On venait d'achever la lecture de la lettre, lorsqu'une fusillade se fit entendre aux Giardini. Manthonnet ordonna aussitôt une sortie pour porter secours à ceux que l'on attaquait. Mais, avant que ces hommes fussent à la salita San-Nicolas-de-Tolentino, des fuyards remontaient vers le quartier général, annonçant que, attaqués par un bataillon d'Albanais venant à l'improviste du vico del Vasto, le petit poste des Giardini n'avait pu résister et avait été emporté de vive force.

Les Albanais n'avaient fait grâce à personne, et une prompte fuite avait pu seule sauver ceux qui apportaient cette nouvelle.