Il était seul et sombre à table: personne ne se souciait de partager ses repas de tigre.

Fra-Diavolo, lui aussi, soupait dans une chambre voisine. Près de lui était assise, vêtue en homme, cette belle Francesca dont il avait tué le fiancé et qui, huit jours après, était venue le rejoindre dans la montagne.

Le messager fut conduit à Fra-Diavolo.

Il lui présenta les armes, et l'invita à prendre la dépêche dont il était porteur.

Et effet, la dépêche était adressée à Fra-Diavolo, et venait, ou plutôt était censée venir du cardinal Ruffo.

Elle donnait l'ordre au célèbre chef de bande de le rejoindre immédiatement au pont de la Madeleine avec tous les hommes dont il pouvait disposer. Il s'agissait, disait Son Éminence, d'une expédition de nuit qui ne pouvait être confiée qu'à un homme d'exécution tel qu'était Fra-Diavolo.

Quant à Mammone, comme ses troupes se trouvaient diminuées de plus de moitié, il se retirerait pour cette nuit, quitte à reprendre son poste le lendemain matin, derrière le musée Borbonico et s'y fortifierait.

L'ordre était signé du cardinal Ruffo, et un post-scriptum portait qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour obéir. Fra-Diavolo se leva pour aller se consulter avec Mammone. Le messager le suivit.

Nous l'avons dit, Mammone soupait.

Soit qu'il se défiât du messager, soit qu'il voulût tout simplement faire honneur au cardinal, Mammone emplit de vin le crâne qui lui servait de coupe et le présenta tout sanglant et garni de ses longs cheveux au messager, en l'invitant à boire à la santé du cardinal Ruffo.