Il comprit que le moment était venu de se laisser rouler dans la rue de Tolède, par la strada Taverna-Penta et par le vico Cariati. Il occupa, avec deux cents hommes, dans la rue de Tolède, la place que les avant-postes de Fra-Diavolo et de Mammone y occupaient dix minutes auparavant.
Ils prirent aussitôt leur course vers le largo del Palazzo, le rendez-vous commun étant à l'extrémité de Santa-Lucia, au pied de Pizzo-Falcone, en face du château de l'Oeuf.
Le château de l'Oeuf était, en effet, le point central, en supposant que les patriotes de Manthonnet descendissent par les Giardini et la rue Ponte-di-Chiaïa.
Mais, comme on l'a vu, la prise des Giardini avait tout changé.
Il en résulta que, comme la troupe de Manthonnet n'était point attendue par la rue de Tolède, on la prit, dans l'obscurité, pour une troupe de sanfédistes, et le poste de Saint-Ferdinand fit feu sur elle.
Quelques hommes de la troupe de Manthonnet ripostèrent, et les patriotes allaient se fusiller entre eux, lorsque Manthonnet s'élança seul en avant en criant:
--Vive la République!
A ce cri, répété avec enthousiasme des deux côtés, patriotes des barricades et patriotes de San-Martino se jetèrent dans les bras les uns des autres.
Par bonheur, quoiqu'on eût tiré une cinquantaine de coups de fusil, il n'y avait qu'un homme tué et deux légèrement blessés.
Une quarantaine d'hommes des barricades demandèrent à faire partie de l'expédition et furent accueillis par acclamation.