On descendit en silence la rue du Géant, on longea Santa-Lucia; à cinq cents pas du château de l'Oeuf, quatre hommes des barricades, qui avaient le mot d'ordre, formèrent l'avant-garde, et, pour que même accident ne se renouvelât point, on fit reconnaître la petite troupe à Saint-Ferdinand.
La précaution n'était point inutile. Salvato avait rejoint avec ses deux cents Calabrais, et Michele avec une centaine de lazzaroni. On n'attendait plus personne du côté du Château-Neuf, et une troupe aussi considérable arrivant par Santa-Lucia eût causé quelque inquiétude.
En deux mots, tout fut expliqué.
Minuit sonna. Tout le monde avait été exact au rendez-vous. On se compta: on était près de sept cents, chacun armé jusqu'aux dents, et disposé à vendre chèrement sa vie. On jura donc de faire payer cher aux sanfédistes la mort du patriote tué par erreur. Les républicains savaient que les sanfédistes n'avaient point de mot d'ordre et se reconnaissaient aux cris de «Vive le roi!»
Le premier poste de sanfédistes était à Santa-Maria-in-Portico.
Ils n'ignoraient pas que l'attaque des Albanais sur les Giardini avait réussi.
Les sentinelles ne furent donc pas étonnées, surtout après avoir entendu une fusillade du côté de la rue de Tolède, de voir s'avancer une troupe qui, de temps en temps, poussait le cri de «Vive le roi!»
Elles la laissèrent approcher sans défiance, et prête à fraterniser avec elles; mais, victime de leur confiance, les unes après les autres, elles tombèrent poignardées.
La dernière, seule, eut le temps de lâcher son coup de fusil en criant: «Alarme!»
Le commandant de la batterie, qui était un vieux soldat, se gardait mieux que les sanfédistes, soldats improvisés. Aussi, au coup de fusil et au cri d'alarme, fut-il sous les armes, lui et ses hommes, et le cri «Halte!» se fit-il entendre.