A ce cri, les patriotes comprirent qu'ils étaient découverts, et, ne gardant plus aucune réserve, fondirent sur la batterie au cri de «Vive la République!»
Ce poste était composé de Calabrais et des meilleurs soldats de ligne du cardinal: aussi le combat fut-il acharné. D'un autre côté, Nicolino, Manthonnet et Salvato faisaient des prodiges, que Michele imitait de son mieux. Le terrain se couvrait de morts. Il fut repris, abreuvé de sang pendant deux heures. Enfin, les républicains, vainqueurs, restèrent maîtres de la batterie. Les artilleurs furent tués sur leurs pièces et les pièces enclouées.
Après cette expédition, qui était le but principal de la triple sortie, comme il restait encore une heure de nuit, Salvato proposa de l'employer en surprenant le bataillon d'Albanais qui s'était emparé des Giardini, et qui avait coupé les communications du château de l'Oeuf avec le couvent de San-Martino.
La proposition fut accueillie avec enthousiasme.
Alors, les républicains se séparèrent en deux troupes.
L'une, sous les ordres de Salvato et de Michele, prit par la via Pasquale, la strada Santa-Teresa à Chiaïa, et fit halte sans avoir été découverte, strada Rocella, derrière le palais del Vasto.
L'autre, sous les ordres de Nicolino et de Manthonnet, remonta par la strada Santa-Catarina, et, découverte à la strada de Chiaïa, commença le feu.
A peine Salvato et Michele entendirent-ils les premiers coups de fusil, qu'ils s'élancèrent par toutes les portes du palais et des jardins del Vasto, escaladèrent les murailles des Giardini et tombèrent sur les derrières des Albanais.
Ceux-ci firent une héroïque résistance, une résistance de montagnards; mais ils avaient affaire à des hommes désespérés, jouant leur vie dans un dernier combat.
Tous, depuis le premier jusqu'au dernier, furent égorgés: nul n'échappa.