Le prince s'inclina.
--Eh bien, milord Nelson, demanda le roi, à votre avis, qu'y a-t-il à faire, maintenant?
--Sire, il y a votre partie de reversis à reprendre, comme si rien d'extraordinaire n'était arrivé. En supposant que le général Bonaparte aborde en France, ce n'est qu'un homme de plus.
--Si vous n'eussiez pas été à Aboukir, milord, dit Skinner, ce n'était qu'un homme de moins; mais il est probable que, grâce à cet homme de moins, la flotte française était sauvée.
Et, sur ces paroles, qui contenaient tout à la fois un compliment et une menace, le capitaine américain embrassa d'un salut les augustes personnages qui l'avaient appelé, et se retira.
Et, selon le conseil que lui avait donné Nelson, le roi alla reprendre sa place à la table où l'attendait impatiemment le président Cardillo, et où l'attendaient patiemment, comme il convient à des courtisans bien dressés, le duc d'Ascoli et le marquis Cirillo.
Ceux-ci étaient trop bien formés à l'étiquette des cours pour se permettre d'interroger le roi; mais le président Cardillo était moins rigide observateur du décorum que ces deux messieurs.
--Eh bien, sire, cela valait-il la peine d'interrompre notre partie, dit-il, et de nous laisser le bec dans l'eau pendant un quart d'heure?
--Ah! par ma foi! non, dit le roi, à ce que prétend l'amiral Nelson, du moins. Bonaparte a quitté l'Égypte, a passé, sans être vu, à travers la flotte de Sydney Smith. Il était, il y a quatre jours, à la hauteur du cap Bon. Il passera à travers la flotte de milord Keith, comme il a passé à travers celle de sir Sydney Smith, et, dans trois semaines, il sera à Paris. A vous de battre les cartes, président,--en attendant que Bonaparte batte les Autrichiens!
Et, sur ce bon mot, dont il parut enchanté, le roi reprit sa partie, comme si, en effet, ce qu'il venait d'apprendre ne valait point la peine de l'interrompre.