XCVIII
LA FEMME ET LE MARI

On se rappelle comment le prince de Calabre avait eu vent des nouvelles qu'il venait d'apporter à sa mère.

Un homme à lui, se trouvant à la police, avait entendu répéter quelques paroles dites en l'air par le capitaine Skinner au directeur de la Salute.

Le capitaine avait-il dit ces paroles avec intention ou au hasard? C'est ce que lui seul eût pu expliquer.

Cet homme à lui, dont parlait le duc de Calabre, n'était autre que le chevalier San-Felice, qui, avec une recommandation du prince, allait demander au préfet de police une autorisation de pénétrer jusqu'à la malheureuse prisonnière.

Cette autorisation, il l'avait obtenue, mais en promettant la plus entière discrétion, la prisonnière étant recommandée à la sévérité du préfet par le roi lui-même.

Aussi était-ce pendant l'obscurité, entre dix et onze heures, que le chevalier devait être introduit dans la prison de sa femme.

En rentrant au palais sénatorial, qu'habitait, comme nous l'avons dit, le prince royal, le chevalier raconta à Son Altesse ce qu'il avait entendu répéter à la police des propos tenus par un officier américain sur la rencontre que celui-ci aurait faite en mer du général Bonaparte.

Le prince avait la vue longue, et il avait à l'instant même deviné les conséquences d'un pareil retour. Aussi la nouvelle lui avait-elle paru des plus importantes, et, pour en vérifier le degré de vérité, il avait prié le chevalier San-Felice de se faire conduire à l'instant même à bord du bâtiment américain.

San-Felice eût dans tous les temps obéi au prince avec la rapidité du dévouement; mais, ce jour même, le prince l'avait comblé de bontés, et il regrettait de n'avoir, pour lui rendre service, qu'un ordre si simple à exécuter.