Puis, hideux dans sa joie, riant d'un rire féroce, agitant de la main droite son couperet avec le signe d'un homme qui coupe une tête, s'appuyant de la main gauche sur un bâton pour aider sa marche disloquée, derrière les prêtres, marchait le beccaïo.

Ensuite venait Luisa, le bras droit appuyé sur l'épaule du pénitent et pressant de la main gauche le crucifix sur ses lèvres.

Derrière eux marchaient les vingt-quatre bianchi.

Enfin, après les bianchi, venaient des moines de tous les ordres et de toutes les couleurs.

Le cortége déboucha sur la place de la Vicaria: la foule était immense.

Des cris de joie accueillirent le cortége, mêlés d'injures et de malédictions. Mais la victime était si jeune, si résignée, si belle; tant de rapports divers, dont quelques-uns n'étaient pas dénués d'intérêt et de sympathie, avaient couru sur son compte, qu'au bout de quelques instants, les injures et les menaces s'éteignirent peu à peu et firent place au silence.

D'avance la voie douloureuse était tracée. Par la strada dei Tribunali, on gagna la rue de Tolède; puis on suivit la rue encombrée de monde. Les maisons semblaient bâties de têtes.

A l'extrémité de la rue de Tolède, les prêtres tournèrent à gauche, passèrent devant Saint-Charles, tournèrent le largo Castello, et prirent la via Medina, où était située, on se le rappelle, la maison Backer.

La grande porte avait été changée en reposoir, dont une espèce d'autel, chargé de fleurs de papier et de cierges que le vent avait éteints, formait la base.

Le cortége s'y arrêta et fit autour de Luisa un grand demi-cercle dont elle devint le centre.