La pluie avait trempé sa robe et l'avait collée à ses membres: elle s'agenouilla toute grelottante.

--Priez! lui dit durement un prêtre.

--Bienheureux martyrs, mes frères, dit Luisa, priez pour une martyre comme vous!

On fit une station de dix minutes, à peu près; puis on se remit en marche.

Cette fois, la funèbre procession revint sur ses pas, prit la strada del Molo, la strada Nuova, rentra dans le vieux Naples par la place du Marché, et s'arrêta en face du grand mur où les Backer avaient été fusillés.

Le mauvais pavé des quais avait mis en sang les pieds de la martyre, la bise de la mer l'avait glacée. Elle gémissait sourdement à chaque pas qu'elle faisait; mais ses gémissements étaient couverts par les chants des hommes d'Église. Les forces lui manquaient; mais le pénitent lui avait passé le bras autour du corps et la soutenait.

La même scène qu'à la porte de la maison se renouvela devant le mur.

La San-Felice s'agenouilla ou plutôt tomba sur ses genoux, fit, mais d'une voix presque éteinte, la même prière. Il était évident qu'à demi épuisée par ses couches récentes, par son voyage sur une mer houleuse, ces dernières fatigues, ces dernières douleurs achevaient de l'épuiser, et que, si elle eût eu à faire encore la moitié du chemin qu'elle avait déjà fait, elle serait morte avant d'arriver à l'échafaud.

Mais elle était arrivée!

Du pied de ce mur, sa dernière station, elle entendait gronder comme un orage les vingt ou trente mille lazzaroni, hommes et femmes, qui encombraient déjà la place du Marché, sans compter ceux qui, pareils à des torrents se jetant dans un lac, y affluaient par ces mille petites rues, par cet inextricable réseau de ruelles qui aboutissent à cette place, forum de la populace napolitaine. Jamais elle n'eût pu passer au milieu de cette foule compacte, si la curiosité n'eût produit ce miracle de lui faire ouvrir ses rangs.