Elle marchait les yeux fermés, appuyée à son consolateur, soutenue par lui, lorsque, tout à coup, elle sentit frissonner le bras qui lui enveloppait le corps. Ses yeux s'ouvrirent malgré elle... Elle aperçut l'échafaud!
Il était dressé en face de la petite église de la Sainte-Croix, juste à l'endroit où fut décapité Conradin.
Il se composait simplement d'une plate-forme élevée de trois mètres au-dessus du niveau de la place, avec un billot dessus.
Il était découvert et sans balustrade, afin qu'aucun détail du drame qui allait s'y passer n'échappât aux spectateurs.
On y montait par un escalier.
L'escalier, chose de luxe, était là non point pour la commodité de la patiente, mais pour celle du beccaïo, qui, avec sa jambe de bois, n'eût pu gravir à une échelle.
Dix heures sonnaient à l'église de la Sainte-Croix, lorsque, les prêtres, les pénitents et les moines s'étant rangés autour de l'échafaud, la condamnée parvint au pied de l'escalier.
--Du courage! lui dit le pénitent: dans dix minutes, au lieu de mon bras débile, ce sera le bras puissant de Dieu qui vous soutiendra. Il y a moins loin de cet échafaud au ciel qu'il n'y a du pavé de cette place à l'échafaud.
Luisa rassembla toutes ses forces et monta l'escalier. Le beccaïo l'avait précédée sur la plate-forme, où son apparition, hideuse et grotesque tout à la fois, avait excité une clameur universelle.
Aussi loin que le regard pouvait s'étendre, on ne voyait que des têtes mouvantes, que des bouches ouvertes, que des yeux avides et flamboyants.