Le sang jaillit à flots: l'artère était coupée. Cette fois, la blessure était mortelle.

Luisa poussa un soupir, leva les mains et les yeux au ciel, puis s'affaissa sur elle-même.

Elle était morte.

Dès le premier coup de couperet, le chevalier San-Felice s'était évanoui.

C'était plus que n'en pouvait supporter, sans se mettre de la partie le peuple du Vieux-Marché, si habitué qu'il fût à de pareils spectacles. Il se rua sur l'échafaud, qu'il démolit en un instant; sur le beccaïo, qu'il mit en pièces en un clin d'oeil.

Puis, de l'échafaud, il fit un bûcher, où il brûla le bourreau, tandis que quelques âmes pieuses priaient autour du corps de la victime, déposée au pied du grand autel de l'église del Carmine.

Le chevalier, toujours évanoui, avait été transporté à l'office des bianchi.

L'exécution de la malheureuse San-Felice fut la dernière qui eut lieu à Naples. Bonaparte, que le capitaine Skinner avait vu passer sur le Muiron, selon les prévisions du roi Ferdinand, trompant la vigilance de l'amiral Keith, débarquait, le 8 octobre, à Fréjus; le 9 novembre suivant, il faisait le coup d'État connu sous le nom de 18 brumaire; le 14 juin, gagnait la bataille de Marengo, et, en signant la paix avec l'Autriche et les Deux-Siciles, exigeait de Ferdinand la fin des supplices, l'ouverture des prisons, le retour des proscrits.

Pendant près d'un an, le sang avait coulé sur toutes les places publiques du royaume, et l'on évalue à plus de quatre mille les victimes de la réaction bourbonienne.

Seulement, la junte d'État, qui croyait ses sentences sans appel, se trompait. A défaut de la justice humaine, les victimes ont fait appel à la justice divine, et Dieu a cassé ses jugements.