Ces barques étaient surchargées de femmes élégantes, couvertes de diamants et de fleurs, et d'hommes bariolés de cordons et constellés de croix. Tout cela s'était tenu caché sous la République, et semblait sortir de terre au soleil de la royauté.
Pâle et triste soleil, cependant, qui, dans cette journée du 10 juillet, s'était levé et se couchait à travers une vapeur de sang!
Le bal commença: il avait lieu sur le pont.
Ce devait être un spectacle magique que cette forteresse mouvante, illuminée de sa base à son faite, qui déployait au vent ses mille pavillons, et dont tous les cordages disparaissaient sous des branches de laurier.
Nelson rendait, le 10 juillet 1799, à la royauté la fête que la royauté lui avait donnée le 22 septembre 1798.
Comme l'autre, celle-ci devait avoir son apparition, mais plus terrible, plus fatale, plus funèbre encore que la première!
Autour de ce bâtiment, où, la peur, plus encore que l'amour, avait réuni une cour à laquelle il ne manquait que les quelques personnes qui avaient suivi la royauté à Palerme, cour dont la belle courtisane était la reine, se pressaient, nous l'avons dit, plus de cent barques chargées de musiciens, qui, exécutant les mêmes airs que l'orchestre du vaisseau, étendaient, pour ainsi dire, sur le golfe, éclairé par une lune magnifique, une nappe d'harmonie.
Naples était bien, cette nuit-là, la Parthénope antique, fille de la molle Eubée, et son golfe était bien celui des sirènes.
Dans les plus voluptueuses fêtes données sur le lac Maréotis par Cléopâtre à Antoine, le ciel n'avait pas fourni un dais plus constellé d'étoiles, la mer miroir plus limpide, l'atmosphère une brise plus parfumée.
Il est vrai que, de temps en temps, quelque cri de douleur, poussé par ceux que l'on égorgeait passait dans l'air, au milieu du frémissement des harpes, des violons et des guitares, pareil à une plainte de l'esprit des eaux, mais Alexandrie, dans ses jours de fête, n'avait-elle pas eu, elle aussi, les gémissements des esclaves sur lesquels on essayait des poisons?