--Votre Éminence aussi a donc commis une faute? demanda fra Pacifico en regardant le cardinal avec étonnement.
--Oui, et une grande faute, que Dieu, qui lit dans le fond des coeurs, me pardonnera peut-être, mais que la postérité ne me pardonnera point.
--Laquelle?
--J'ai remis sur le trône, dont la Providence l'avait précipité, un roi parjure, stupide et cruel. Va, frère, va! et prie pour nous deux!
Cinq minutes après, fra Pacifico, monté sur son âne, prenait le chemin de Nola, sa première étape sur la route de Jérusalem.
LXXXIX
UN HOMME QUI TIENT SA PAROLE
On se rappelle que, le jour même de l'arrivée du roi dans le golfe de Naples, un boulet anglais avait abattu la bannière tricolore qui flottait sur le château Saint-Elme, et que la bannière tricolore avait été remplacée par le drapeau parlementaire.
Ce drapeau parlementaire avait donné si bon espoir au roi, qu'il avait--on doit encore se le rappeler--écrit à Palerme qu'il espérait que la capitulation serait signée le lendemain.
Le roi se trompait; mais ce ne fut pas la faute du colonel Mejean, il faut lui rendre cette justice, s'il ne se rendit point le lendemain: ce fut celle du roi.
Le roi avait eu si grand'peur lorsque, le 10 au soir, le cadavre de Caracciolo lui était apparu, qu'il resta au lit le lendemain toute la journée, tremblant la fièvre et refusant de monter sur le pont. On avait beau lui dire que, selon la permission qu'il en avait donnée, le cadavre avait été enterré le matin à dix heures, dans l'église de Sainte-Lucie; il faisait un mouvement de tête qui voulait dire: «Avec un gaillard comme celui-là, je ne me fie à rien.»