»D'ailleurs, l'affaiblissement de mes facultés physiques et morales m'en fait un besoin, quand ma conscience ne m'en ferait pas un devoir.
»J'ai donc l'honneur de supplier Votre Majesté de vouloir bien accepter ma démission.
»J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, etc.
»F. cardinal RUFFO.»
A peine cette lettre était-elle expédiée à Palerme par un messager sûr et qui était autorisé à requérir au besoin la première barque venue pour passer en Sicile, qu'il fut donné au cardinal avis de la publication de la note de Nelson, note dans laquelle l'amiral anglais accordait vingt-quatre heures aux républicains de la ville, et quarante-huit à ceux des environs de la capitale, pour faire leur soumission au roi Ferdinand.
Au premier regard qu'il jeta sur cette note, il reconnut celle qu'il avait refusé à Nelson de faire imprimer. Cette note, comme tout ce qui sortait de la plume de l'amiral anglais, portait le caractère de la violence et de la brutalité.
En lisant cette note et en voyant le pouvoir que s'y attribuait Nelson, le cardinal se félicita d'autant plus d'avoir envoyé sa démission.
Mais, le 3 juillet, il recevait de la reine cette lettre, qui lui annonçait que sa démission était refusée:
«J'ai reçu et lu avec le plus grand intérêt et la plus profonde attention la très-sage lettre de Votre Éminence, en date du 29 juin.
»Tout ce que je pourrais dire à Votre Éminence des sentiments de gratitude dont mon coeur sera éternellement rempli à son égard resterait de beaucoup au-dessous de la vérité. J'apprécie ensuite ce que Votre Éminence me dit à l'endroit de sa démission et de son désir de repos. Mieux que personne, je sais combien la tranquillité est chose désirable, et combien ce calme devient précieux après avoir vécu au milieu des agitations et de l'ingratitude que porte avec soi le bien que l'on fait.