Luisa, qui avait suivi toute la scène, avec le regard d'une amante, jeta un cri.

--Il se perd, dit Mejean. Pourquoi a-t-il parlé? Il était si simple de ne rien dire!

--Mais, s'il se perd, s'écria Luisa, je dois, je veux me perdre avec lui! Salvato! mon Salvato! attends-moi!

Et, s'élançant hors des rangs, en écartant le colonel Mejean, qui lui barrait le passage, elle se jeta dans les bras du jeune homme en criant:

--Et moi, je suis Luisa San-Felice! Tout avec lui! la vie ou la mort!

--Messieurs, vous l'entendez, dit Salvato. Nous n'avons plus qu'une grâce à vous demander, c'est, pour le peu de temps que nous avons à vivre, de ne point nous séparer.

Le duc della Salandra se retourna vers les deux autres officiers, comme pour les consulter.

Ceux-ci regardaient les deux jeunes gens avec une certaine compassion.

--Vous savez, dit le duc, qu'il y a des instructions toutes particulières du roi qui ordonnent de condamner à mort la San-Felice.

--Mais elles ne défendent point de la condamner à mort avec son amant, fit observer Troubridge.