Luisa ne put s'empêcher de frissonner, et, avec un sourire mélancolique, elle passa la main sur son cou si frêle et si délicat, et secoua la tête comme pour dire qu'il ne donnerait pas grand'peine au boureau.

Hélas! elle se trompait, même dans cette dernière espérance.

Le désordre causé parmi les prisonniers par l'arrivée de Salvato et de Luisa n'était pas encore calmé, lorsque la porte se rouvrit de nouveau et que l'on vit apparaître sur le sombre seuil un homme de haute taille, vêtu du costume de général républicain, déjà porté par Manthonnet.

--Diable! dit-il en entrant, je suis tenté de dire, comme Jugurtha: «Les étuves de Rome ne sont pas chaudes.»

--Hector Caraffa! s'écrièrent deux ou trois voix.

--Dominique Cirillo! Velasco! Manthonnet! Salvato! Dans tous les cas, il y a meilleure compagnie ici que dans la prison Mamertine. Mesdames, votre serviteur! Comment donc! la signora Pimentel! la signora San-Felice! mais tout est réuni ici: la science, le courage, la poésie, l'amour, la musique. Nous n'aurons pas le temps de nous ennuyer.

--Je ne crois pas qu'on nous le laisse, dit Cirillo de sa voix douce et triste.

--Mais d'où venez-vous donc, mon cher Hector? demanda Manthonnet. Je vous croyais bien loin de nous, en sûreté derrière les murs de Pescara.

--J'y étais en effet, dit Hector. Mais vous avez capitulé, le cardinal Ruffo m'a envoyé un double de votre capitulation, et m'a écrit d'en faire autant que vous autres; l'abbé Pronio m'écrivait, en même temps, de me rendre aux mêmes conditions, me promettant non-seulement la vie sauve, mais encore l'autorisation de me rendre en France. Je ne me suis pas cru déshonoré de faire ce que vous aviez fait; j'ai signé et livré la ville, comme vous avez livré les forts. Le lendemain, l'abbé est venu à moi, l'oreille basse et ne sachant comment m'annoncer la nouvelle. La nouvelle n'était pas bonne, en effet. Le roi lui avait écrit qu'ayant traité avec moi sans pouvoir, il eût à me remettre à lui pieds et poings liés, ou sinon sa tête lui répondait de la mienne. Pronio tenait à sa tête, quoiqu'elle ne fût pas belle; il m'a fait lier les pieds, il m'a fait lier les poings et m'a envoyé à Naples dans une charrette comme on envoie un veau au marché. Ce n'est qu'a l'intérieur du Château-Neuf, et quand la porte en a été refermée sur moi, qu'on m'a débarrassé de mes cordes et que l'on m'a conduit ici. Voilà toute mon histoire. A votre tour de conter les vôtres.

Chacun raconta la sienne, à commencer par Salvato et Luisa. Nous la connaissons. Nous connaissons aussi celles de Cirillo, de Velasco, de Manthonnet, de Pimentel. Ils étaient descendus dans les felouques, sur la foi des traités, et Nelson les avait retenus prisonniers.