--A propos, dit Ettore Caraffa quand chacun eut fait son récit, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer: Nicolino est sauvé.

Une joyeuse exclamation s'échappa de toutes les bouches, et l'on demanda des détails.

On se rappelle que, prévenu par le cardinal Ruffo, Salvato avait chargé à son tour Nicolino de prévenir l'amiral que sa vie était menacée; Nicolino était arrivé à la ferme où était caché son oncle une heure après que celui-ci avait été arrêté. Il avait appris la trahison du fermier, n'en avait point demandé davantage et était allé rejoindre Ettore Caraffa.

Ettore Caraffa l'avait reçu à Pescara, où il avait pris part à la défense de la ville pendant les derniers jours; mais, lorsqu'il s'était agi de se rendre et de se livrer à l'abbé Pronio, Nicolino n'avait pas eu confiance, avait revêtu un habit de paysan et avait gagné la montagne. Des six conjurés que nous avons vus au château de la reine Jeanne au commencement de notre récit, c'était le seul qui ne fût point tombé aux mains de la réaction.

Cette bonne nouvelle avait, en effet, fort réjoui les prisonniers; puis, comme nous l'avons dit, ils éprouvaient, au milieu de leur tristesse, une grande joie d'être réunis. Selon toute probabilité, ils seraient jugés et exécutés ensemble. Les girondins avaient joui du même bonheur, et l'on sait qu'ils l'avaient mis à profit.

On apporta le souper pour tous, et des matelas pour les nouveaux venus. Tout en mangeant, Cirillo mit ses trois nouveaux compagnons au courant des us et coutumes de la prison, qu'ils habitaient déjà depuis treize jours et treize nuits.

Les prisons étaient combles: le roi, nous l'avons vu dans une de ses lettres, avouait huit mille prisonniers.

Chacun de ces cercles de l'enfer, qui aurait eu besoin d'un Dante pour être bien décrit, avait ses démons spéciaux chargés de tourmenter les damnés.

Ils devaient rendre les chaînes plus pesantes, irriter la soif, prolonger les jeûnes, enlever la lumière, souiller les aliments, et, tout en faisant de la vie un cruel supplice, empêcher les prisonniers de mourir.

Et, en effet, on devait penser que, soumis à de pareilles tortures précédant des supplices infamants, le suicide serait invoqué par les prisonniers comme un ange libérateur.