Sur cette somme, cinquante mille francs, à peu près, avaient passé dans l'organisation de ses volontaires calabrais, dans les dépenses que les besoins des plus pauvres avaient nécessitées, dans l'aide donnée aux blessés et dans les gratifications accordées aux serviteurs qui leur avaient rendu des soins pendant leur séjour au Château-Neuf.
Cent vingt-cinq mille francs, comme l'avait écrit Salvato à son père, avaient été enterrés, dans une cassette, au pied du laurier de Virgile, près de la grotte de Pouzzoles.
Au moment de se séparer de Michele, qui avait suivi le sort de ses compagnons et qui s'était embarqué à bord des tartanes, Salvato avait fait accepter au jeune lazzarone, afin qu'il ne se trouvât point complétement dénué sur la terre étrangère, une somme de trois mille francs.
Il restait donc à Salvato, au moment où il se réfugia au fort Saint-Elme, une somme de vingt-deux à vingt-trois mille francs.
Son premier acte, au moment où il vint demander, au prix de quarante mille francs, l'hospitalité convenue entre le commandant du château Saint-Elme et lui, fut de remettre au colonel Mejean la moitié de la somme arrêtée, c'est-à-dire vingt mille francs, en lui promettant le reste pour la nuit même.
Le colonel Mejean compta les vingt mille francs avec le plus grand soin, et, comme le compte s'y trouvait, le colonel installa Salvato et Luisa dans les deux meilleures chambres du château, après avoir enfermé les vingt mille francs dans le tiroir de son bureau.
Le soir venu, Salvato annonça au colonel Mejean qu'il serait obligé de faire une course de nuit. Il le priait, en conséquence, de lui donner le mot d'ordre, afin de pouvoir rentrer au château quand le but de cette course serait rempli.
Mejean répondit que Salvato, militaire, devait connaître mieux que personne la rigidité des règlements militaires; qu'il lui était impossible de confier à qui que ce fût un mot d'ordre qui, tombé dans une oreille infidèle, pouvait compromettre la sûreté du fort; mais, devinant pourquoi Salvato demandait à quitter momentanément le fort, il ajouta qu'il pouvait faire accompagner Salvato d'un de ses officiers, ou, s'il préférait sa compagnie, l'accompagner lui-même.
Salvato répondit que la compagnie du colonel Mejean lui était on ne peut plus agréable, et que, si le colonel Mejean était libre, cette course aurait lieu la nuit même.
La chose était impossible, le lieutenant-colonel auquel la garde du château devait être confiée ne devant revenir que dans la journée du surlendemain.